Les pionniers des 8 Majorettes

Les 8 Majorettes, tu connais? C’est un itinéraire un peu fou créé par Tom de Wilde, qu’il nous a présenté il y a quelques mois dans cet article. En résumé: 370 km, 10’000 mètres de D+ au coeur des Alpes suisses à parcourir d’une traite…

Le 8 juillet, Lucas Stifani et Richard Déglise se sont lancés à l’assaut de ce monstre. Etaient-ils les premiers après Tom? Sans doute. Comment cela s’est-il passé? Lucas nous a écrit quelques jours plus tard pour remercier Tom d’avoir inventé ce challenge et partager son expérience.

Avec la permission de Lucas, nous reproduisons ici son texte in extenso. Prêt? En selle!

Pour notre retour d’expérience, il y a d’abord le contexte à poser car franchement, notre histoire est plutôt incroyable.

A la base Richard et moi on ne se connaissait pas du tout, et surtout on ne s’était jamais croisé.

Un matin, le 9 mai pour être précis, j’ai pris mon vélo comme tous les matins pour me rendre au travail (Châtel-St-Denis à Lausanne). Au dernier carrefour du village, je croise un cycliste (Richard) qui me rattrape peu de temps après

« Tu vas où comme ça? »
« Lausanne, et toi? »
« Moi Morges »
« Cool on se suit! »

Après deux trois échanges et des présentations minimales, on a commencé à tirer des relais comme des gorets, en arrivant au travail, j’ai publié ma sortie Sur strava avec un titre ironique que voici:

« et moi qui visait 35 de moyenne pour le jour de mes 35 balais, bon ben ce sera pour l’année prochaine »

En effet, c’était mon anniversaire ce jour-là et on avait roulé à 36,1 de moyenne.

Mais le plus drôle dans cette histoire, c’est que ce n’était pas seulement le jour de mon anniversaire, mais c’était aussi celui de Richard 😉 Le truc le plus improbable! On habite tous les deux dans le même bled, et on se rencontre pour la première fois le jour de notre anniversaire.

Mais ça ne s’arrête pas là… un jour, je suis partie en sortie d’endurance pour tester mon matos en vue de l’Ultimate 1000, j’ai fait une sortie d’ environ 360 km et 5200 de D+, je voulais tester une nuit dehors. Eh bien le même week, Richard a aussi fait des sorties d’endurance… On s’est félicité mutuellement (kudos) et on a échangé les commentaires suivants:

« Tu t’entraine pour quoi? »
« Le TDS Ultimate 1000 »
« Excellent! coïncidence encore! après la date d’anniversaire »

Sur le coup, on c’est dit qu’il fallait qu’ on aille boire une bonne bière ensemble et qu’ on se planifie un entraînement en commun pour tester tout ça. Le jour de notre rencontre, on était sur le cul devant tant de coïncidences!

C’est ainsi que je lui ai parlé des 8 Majorettes, et on c’est planifié une date pour se faire ce trip ensemble.

Voilà, le cadre est posé. Maintenant, voici notre périple:

On a pris la voiture à 2h du mat’ depuis Châtel-St-Denis direction Ulrichen, on est arrivé sur place vers 4h30. Petite prépa, habillement, crème de fesse (que j’ai regretté de ne pas avoir pris avec moi), et la commission derrière un chalet, et nous voilà partis direction la Furka.

Quand on monte la Furka, on a le pur Smile, et on se dit qu’avec cette météo on a vraiment trop de chance. C’est couvert, il ne fait ni chaud, ni froid, c’est parfait. Cependant, à chaque sommet, on prend soin de bien s’habiller avant de descendre car les températures à + de 2000 m sont plus hostiles qu’en bas.

La Furka passe easy, on fait un micro arrêt à Andermatt pour un café-croissant et nous voilà repartis pour le Susten, qui passe nickel aussi.

Au Grimsel, le climat est différent car malheureusement, c’est un col que je n’aime pas du tout (je parle pour moi). Je le trouve moche et ça me saoule de me dire que je vais faire 20 km de route sans intérêt juste pour faire 4 km depuis le barrage où là ça en vaut la peine. Et aussi pour au final faire la fameuse photo carte postale que tout le monde connaît des lacets du Grimsel qui rejoignent ceux de la Furka.

Grosse descente à Ulrichen pour terminer la première boucle, et premier repas au fameux Volg. Je pense que le chiffre d’affaires du magasin est en partie dû aux cyclistes qui passent dans le coin en pleine fringale.

Après cela, on trace dans le Nufenen où je commence pour ma part à ne pas être serein: c’est un col que je connais bien, que je trouve très dur et clairement il m’a bien pété la gueule ce jour-là. Sur la fin, je voyais Richard prendre de l’avance, et impossible pour moi de suivre la même cadence dès que la pente arrivait à plus de 10%. Finalement, on arrive au bout avec quelques minutes de différence.

En arrivant à Airolo, on fait une petite sieste digestive de 15 minutes sur la pelouse vers le rond point qui mène à la Tremola. La température est assez élevée et le stress commence à nous prendre car on a pas assez d’eau pour monter, et on ne trouve pas de fontaine. Finalement, on trouve une porte ouverte à la place d’armes, et en fouillant dedans sans se faire choper on trouve un lavabo, la bénédiction! La suite de la Tremola se passe plutôt bien, surtout la descente qui est juste le rêve ultime. La deuxième boucle est faite, il n’en reste plus qu’une!

En arrivant à Andermatt, on s’est mangé une bonne pizza et sans traîner, nous voilà déjà repartis dans l’Oberalp. Clairement pour moi c’était pas une idée brillante car la digestion sur un vélo c’est assez violent. Heureusement que ce col n’est pas trop long, mais je sens que les stigmates de la journée se font sentir dans les jambes et dans ma tête.

Direction le Lukmanier où j’avoue que je fais pas le malin, car j’ai un peu peur de ce qui nous attend. Surtout le Nufenen, qui me fait peur à l’idée d’y retourner. On passe finalement encore potablement le Lukmanier, mais dans la descente de nuit on ne faisait pas les malins, clairement avec le manque de sommeil, on manquait de lucidité par endroit. Finalement on s’avoue qu’un dodo nous ferait du bien avant le final. En arrivant à Biasca, Richard mentionne l’idée de trouver un terrain de foot pour dormir, ce qu’on fait pour juste une heure.

Après ça, le cauchemar commence pour moi, les raidards de la montée d’Airolo font de plus en plus mal, mes jambes ne suivent plus, j’ai mal au cul comme jamais, j’ai plus de mains, j’ai faim… enfin bref rien ne va. En arrivant à Airolo, on s’arrête au même rond point qu’à l’aller pour la Tremola, et la on prend conscience de ce qui nous reste à accomplir et de tout ce qu’on à déjà fait… Richard me donne un gel et une barre, et nous voilà repartis pour l’ultime ascension. On sait que finir en moins de 24h n’est plus possible, mais en réalité on s’en fout. Je n’ai plus de jus, il faut que ça passe au mental, pas le choix.

Au début du Nufenen, j’avoue que j’y ai cru, mais après je me trouve à pédaler en PLS pour avancer. Mes yeux sont rivés sur mon compteur à espérer qu’il cesse de m’afficher des pentes de couleur rouge sur l’écran, mais rien à faire, le 10% ne veut pas diminuer, pire il augmente… ou alors s’il diminue c’est pour mieux remonter après. Ce col m’a littéralement détruit.

A mi-parcours, je vois soudain une lumière vers une maison inoccupée sur ma droite, c’est Richard qui crève la dalle… J’ai fait de même et après un bref instant, on a décidé de repartir. Ensemble les 10 premiers mètres, la suite se fait chacun de notre côté, en agonie avec soi-même… J’ai envie de pleurer par moment, jamais je ne me suis retrouvé dans un tel état et avec si peu de force, chaque coup de pédale est une veritable souffrance, et de voir que la distance et le D+ qui restent à parcourir ne diminue pas, clairement là, c’est extrêmement dur pour moi.

Sur la dernières partie, le jour commence à pointer et devant tant de spectacle (et de bouquetins), je donne tout ce qui me reste pour finalement rejoindre Richard, arrivé 11 min avant moi au sommet, emballé dans son papier-bulles (son matelas jetable) et sa tenue longue afin de ne pas crever de froid. On se regarde, on s’embrasse, c’est fait… on a réussi.

Nous ne voulons pas traîner au sommet à cause du froid, on descend le Nufenen sans aucune voiture, à prendre les trajectoires qu’on veut, et c’est en arrivant à Ulrichen qu’on stoppe nos compteurs, car on s’est dit que la descente fait partie intégrante de ce challenge hors normes.

Arrivée à la voiture, on ne traîne pas, je dis à Richard que je ne suis pas capable de conduire, c’est donc lui qui prend le volant pour me ramener à bon port.

Clairement ce sera une expérience qui restera à jamais gravée dans notre mémoire!

En durée de déplacement, on a mis (selon Strava) 19 h 03 min 50 secondes. Le temps total est de 25 h 02 min 46 secondes.

https://www.strava.com/activities/9415919617

Tu es inspiré par cette folle aventure? Retrouve toutes les infos sur le site des 8 Majorettes.

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