Si tu regarde ses vidéos et son Insta, tu sais que Casimir aime non seulement son Valais natal, mais aussi le gravel. Mais pourquoi est-il un adepte de cette pratique? Sur son vélo (un magnifique Origine Graxx 3), il a inscrit 5 mots qui définissent sa passion du gravel. Comme les tubes de son cadre lui laissent peu de place pour développer ses idées, il a choisi de nous en parler dans cet article où il se livre comme rarement.
Rouler
Rouler, avancer, pédaler…Pour trouver l’équilibre et avancer il faut pédaler. J’appuie sur mes pédales dans ce mouvement circulaire qui au travers de la transmission fait tourner les roues et je démarre. Cela peut paraître évident, mais c’est ce que j’apprécie dans la pratique du vélo. Avancer, rouler, faire des kilomètres.
Rouler c’est aussi s’évader ; allez plus loin, plus haut, derrière la colline, au sommet de cette route. Le vélo permet d’avancer plus vite qu’à pied et une seule sortie me permet de découvrir une variété de paysages et de routes. C’est aussi l’occasion de vivre un voyage intérieur. Partir au loin à la recherche de moi-même. Me retrouver dans l’effort.
Le goût de l’effort ! Une dépense d’énergie qui m’amène dans un ailleurs. C’est parfois un effort soutenu, intense, où je vais chercher mes limites. Sentir mes jambes se tétaniser, mon cœur qui bat la chamade, mon souffle qui peine à suivre… me sentir vivant tout simplement ! J’aime sentir l’air glisser sur mon visage, chaud, froid selon les détours et les saisons. J’aime cette sensation de légèreté et de liberté, tout particulièrement lorsque je prends de la vitesse à la descente.
La liberté ! Un mot souvent avancé dans la pratique du Gravel qui, il est vrai, permet de rouler presque partout… Il m’arrive souvent de changer d’itinéraire, sur un coup de cœur et de m’engager dans des chemins inconnus, qui se révèlent parfois impraticables. J’aime cette liberté qui me permet d’essayer une nouvelle voie, quitte à rebrousser chemin…
Partager
« Le bonheur est réel seulement s’il est partagé * ». Quand je peux partager ma passion ma joie devient que plus grande.
J’apprécie rouler en compagnie de mes enfants, faire des balades avec ma petite femme. C’est super agréable de pouvoir partager cela avec les gens que j’aime. J’apprécie également rouler avec des amis ou des gens rencontrés sur la route et faire un bout de chemin avec eux.
Malheureusement mon métier est un peu à contre-courant et mes temps libres ne correspondent pas forcément à la majeure partie de mes amis. Je suis très pris le week-end et je profite de temps en semaine pour aller rouler. Du coup ce n’est pas forcément facile de partager ma route avec d’autres. J’essaie de partager ma joie et mes trouvailles à travers les différents réseaux sociaux, notamment avec Strava où mes traces sont disponibles ou Instagram qui me permet de publier des photos de mes sorties. Je partage également ma passion dans des vidéos qui détaillent une route en particulier. Ces moyens sont géniaux mais peuvent se révéler un peu piégeux. J’avoue que je me questionne souvent à ce propos. Comment partager sans « frimer » ou se mettre en avant ? Que partager ? D’un l’autre côté c’est très enrichissant et gratifiant d’échanger des messages avec d’autres cyclistes passionnés. J’apprécie tout particulièrement les contacts qui ont débouché sur des rencontres dans la « vraie vie », que ce soit dans ma région ou ailleurs.
Contempler
C’est la base de ma pratique Gravel. Lever les yeux ! Combien de fois je l’ai dit et redit. La tête dans le guidon, cela ne m’intéresse guère. Bien sûr, j’ai besoin ou envie à l’occasion de me donner à fond et d’être plus concentré sur mon effort que sur la route et les environs. Mais en général c’est plutôt ce qui se passe autour de moi qui m’intéresse.
Contempler c’est davantage que simplement regarder. Quand on contemple on pose un regard nouveau sur tellement de détails qui paraissent insignifiants. Les saisons me permettent de découvrir des merveilles à chaque passage dans des lieux connus. La faune et la flore sont une source de contemplation sens cesse renouvelée. Combien de chevreuils, d’écureuils, de chamois ou même de marmottes croisées lors d’une sortie ? J’aime ces instants furtifs, impossibles à capter avec un téléphone, instants uniques que je garde en mémoire.
Les paysages sont également une source de contemplation immense. Je l’ai souvent répété, mais je me trouve chanceux d’habiter ce coin de pays. Ma vallée est si belle avec des sommets enneigés à plus de 4000m, des vallées, des forêts, des lacs et des rivières… Lever les yeux du guidon, c’est une évidence !
S’émerveiller
S’émerveiller c’est pour moi la suite logique. Bien sûr que l’on peut rester dans la contemplation. Regarder et pis voilà… Mais pour moi, les richesses infinies des découvertes observées autour de moi en roulant m’amènent à l’émerveillement. « Punaise que c’est beau ! » Je peux m’émerveiller dans l’infiniment grand et dans l’infiniment petit. Plus je roule et plus je m’incline devant ce mystère de notre terre. Combien de fois suis-je resté assis plusieurs minutes dans des endroits improbables ! Sous un arbre en attendant la fin de la pluie, au bord d’un ruisseau, au sommet d’une montagne. Et à chaque fois c’est la même chose. Je suis émerveillé par ce qu’il y a autour de moi. Ceux qui me connaissent savent la foi qui m’habite et ma joie de croire en un tout Autre qui est à la source de toutes choses. Je ne peux que m’émerveiller devant la grandeur de cette création et l’imagination du Créateur.
Aimer
Après ces quatre premiers chapitres, la conclusion ne peut qu’être ce qui sublime notre vie : l’amour. J’apprécie faire du vélo pour toutes les raisons invoquées ci-dessus, notamment la joie procurée par le fait de rouler dans des paysages merveilleux. J’aime faire du Gravel car le contact avec la nature est encore plus grand. J’aime pratiquer mon sport avec d’autres, car l’effort partagé permet des échanges plus vrais, plus sincères.
Au fond c’est plus que « j’apprécie », cela devient « j’aime », avec la force et la puissance du verbe « aimer ». Grâce à cette ouverture à moi, aux autres et à ce qui m’entoure, je deviens un être capable d’aimer. Dans l’effort, je m’ouvre à moi-même ; j’apprends où sont mes limites, ce qui me fait du bien… j’apprends toujours plus à me connaître, à m’écouter, à me comprendre et ainsi je peux encore mieux m’aimer.
Dans le partage avec l’autre, mes proches, mes amis et même les gens rencontrés grâce au vélo j’apprends aussi à aimer. Aimer l’autre dans sa différence, dans sa manière d’être unique.
En la contemplant, je me mets à aimer cette nature et je veux encore plus en prendre soin. Je fais plus attention à mon impact sur l’environnement dans ma vie quotidienne. Je suis chaque fois sidéré de voir tout ce qui traine aux bords des routes, tout ce qui est jeté dans l’indifférence totale.
Faire du vélo est parfois un peu égoïste. Je laisse les miens pour prendre du temps pour moi. Quel sens ? Or je constate que ce sport m’aide à grandir intérieurement et à grandir dans l’amour que j’ai pour le monde, les autres, mes proches et pour moi-même. Si c’était le contraire, je cesserais de pratique cette activité, car cela serait vain.
Cinq verbes, comme des panneaux indicateurs sur un chemin. Cinq verbes qui résonnent en moi chacun à leur manière à des intensités différentes car chaque jour, chaque sortie, chaque chemin est différent. Parfois on se retrouve sur des « singles », parfois sur de belles routes en gravier, parfois on emprunte par facilité un bout de route goudronnée ou à l’inverse on porte son vélo pour franchir des obstacles. Parfois il fait très chaud, parfois il pleut. Parfois on est seul, parfois on roule à deux ou en groupe. La sortie en Gravel comme métaphore de la vie, c’est beau, non ?
A toi qui m’as lu jusqu’ici, je te souhaite de rouler, de partager, de contempler, de t’émerveiller et d’aimer à ta manière. D’être ce que tu dois être. Et si la pratique du vélo peut t’aider à grandir et être encore quelqu’un de meilleur au fond de toi grâce à ça, alors vas-y, fonce !
* Comme l’a écrit Christopher McCandless , juste avant sa mort. Christopher était un aventurier américain, sa vie a été l’objet du récit biographique Voyage au bout de la solitude (Into the Wild) de Jon Krakauer, adapté au cinéma en 2007 par Sean Penn sous le titre Into the Wild.
Retrouve la version vidéo de cet article sur la chaîne YouTube de Casimir.
Casimir Gabioud – alias Gabidou
En août 2020 est née une nouvelle chaine sur youtube : Valais Cyclisme. Clown de métier, Casimir Gabioud d’Orsières, s’est retrouvé à l’arrêt suite au COVID. Il a eu alors l’idée de mettre en vidéo les belles montées cyclistes de sa région. « Le vélo a toujours été pour moi un loisir privilégié. J’ai la chance de pouvoir pratiquer ce sport dans un environnement magnifique. J’ai voulu mettre en image ma passion, surtout pour montrer que le vélo, ce n’est pas uniquement avoir la tête dans le guidon, mais bien un moyen de s’en mettre plein les yeux ! » Vous trouverez sur sa chaine plus de 40 vidéos. N’hésitez pas à y faire un tour et à vous abonner pour l’encourager. Vous pouvez aussi le suivre sur Instagram.